Leur chiffre a doublé depuis 2020, ils sont désormais 2500 établissements en France, à avoir ajouté des jeux de cartes à leur menu. Les bars à jeux séduisent et proposent de nouvelles manières de se distraire. Gros plan sur les secrets derrière cette réussite.
Il est 19 h passées de quelques minutes seulement et déjà, l’ambiance de La Luck décolle. À l’étage, où sont rangés tous les jeux, le brouhaha des clients devient de plus en plus fort : éclats de rire et ronchonnements de mauvais joueurs s’y mêlent. Les pions glissent de case en case, les cartes sont battues avec vigueur et les verres s’entrechoquent.
Un concept venu de l’autre côté de l’Atlantique
« À la base, c’est un concept canadien : on allie le jeu de société à la restauration », explique Tristan, gérant du bar. « Nous nous démarquons en proposant une soirée à 5 euros, de 19 h à minuit : c’est un peu comme un service de location. » En échange de ce tarif par personne, les clients ont accès aux quelque 2 050 jeux de l’établissement. Face à ce choix immense, des sommeliers du jeu sont là pour les guider : contrairement à ce que leur appellation laisse penser, ils ne sont pas là pour conseiller du vin, mais pour expliquer les règles de chaque jeu jusqu’à ce que les joueurs deviennent autonomes.
« On fait en sorte que tout le monde s’amuse »
« Les clients vont toujours vers les jeux qu’ils connaissent déjà, et c’est normal », explique Romain, l’un des sommeliers du jeu de la Luck. « Moi, je suis là pour leur en faire découvrir d’autres : j’anime et j’explique les règles », lance-t-il en installant les tables. « Ce soir, comme chaque mardi, on organise une soirée Loup-Garou ; je fais en sorte que tout le monde s’amuse », ajoute-t-il.

Une ambiance unique
Vêtu d’un veston afin d’être facilement identifié, le sommelier du jeu plonge les joueurs dans une ambiance feutrée. Devant chacun d’entre eux, il allume une bougie qui ne s’éteindra que si le personnage incarné meurt. Les lumières se tamisent et la tension monte chez les joueurs qui, pour la plupart, reviennent chaque mardi pour enchaîner les parties de ce jeu de rôle ultra populaire. « Je viens surtout pour l’ambiance », admet Mathilde, « c’est tellement plus sympa de jouer ici plutôt qu’à la maison. » Son voisin de table, Valentino, a hâte que les cartes soient distribuées : « Je suis un grand joueur ! » lance celui qui passe sa première soirée dans ce bar du Vieux-Lille. « Jouer avec des gens que je ne connais pas rend l’expérience unique. » Les parties s’enchaînent, avec un peu de timidité au départ, puis très vite, au fil des bluffs et des alliances, les joueurs se rapprochent.

Entre chaque tour, des bières sont commandées, les frites sont dévorées et des choux à la crème sont servis. « Je suis sûr que Romane est Loup-Garou ! » s’exclame Louis. « Quoi ? Tu étais voyante ? » s’étonne Claire. « Moi, je ne te fais plus confiance », lance Mathilde à Valentino. Les retournements de situation et éclats de rire ponctuent la soirée. Romain rythme le jeu d’une main de maître et fait en sorte que tout le monde suive les règles. « Je n’ai jamais vu personne s’ennuyer ici…», glisse t‑il. Lorsque l’horloge sonne 23 h 30, on dirait presque que les joueurs se connaissent depuis toujours. « Ce qui est bien, c’est qu’on entre seul et qu’on repart avec des amis », conclut Jules à la fermeture du bar, en allumant sa cigarette.