Bruxelles, capitale des bulles et des icônes de la BD

Depuis presqu’un siècle, des des­si­na­teurs de bande dessinée du monde entier se rendent à Bruxelles. La BD moderne s’est affirmée avec l’œuvre d’Hergé. Elle continue d’évoluer grâce aux écoles artis­tiques bruxel­loises et aux fresques imagées qui se diffusent à travers toute la ville.

Dans la rue de l’Étuve, dans le centre de Bruxelles, derrière une foule d’Espagnols, des escaliers dessinés grimpent sur une façade. Une trentaine de têtes se lèvent pour monter les marches, malgré la pluie. Le regard arrivé en haut de la fresque, les visages sourient devant le Capitaine Haddock, Tintin et Milou, qui dévalent les escaliers. Au pied de la fresque, la librairie Moules à gaufres consolide l’univers du jeune reporter, un Bruxellois mon­dia­le­ment connu.

LES AVENTURES DE TINTIN
Créateur : Georges Remi dit Hergé
Éditeurs : Le Petit Vingtième (1930 – 1939); Casterman
Première appa­ri­tion 1929
Nombre d’albums : 24 dont 1 inachevé
© Casterman

La naissance bruxel­loise de la BD

Il y a Tintin, créé par Hergé, mais aussi Gaston Lagaffe et Spirou inventés par Franquin, Lucky Luke par Morris, pour ne citer qu’eux. Ces iconiques per­son­nages sont tous nés dans la capitale belge. Grâce à une concen­tra­tion de des­si­na­teurs depuis la moitié du XXe siècle, Bruxelles est devenue l’épicentre européen de la bande dessinée. Inspirés par les comics amé­ri­cains, les journaux de Tintin et Spirou naissent dans les années 40. En 1960, les albums se créent, les histoires se déve­loppent et se suivent, les lecteurs veulent connaître la suite ! Vingt ans plus tard, une marée bleue submerge le marché inter­na­tio­nal de la BD : l’auteur belge Peyo crée ses Schtroumpfs, le monde entier est séduit. Mais à la fin du XXe siècle, un tsunami engendre un premier recul de la BD, avec les mangas japonais. Le neuvième art ne règne plus en maître. Mais si les dessins japonais conti­nuent de se déve­lop­per en Europe, l’héritage artis­tique de ces grands des­si­na­teurs reste présent dans toute la ville de Bruxelles. Depuis plus de trente ans, la muni­ci­pa­lité recouvre des façades avec des fresques de bandes dessinées. Les Schtroumpfs, Boule et Bill, Lucky Luke, à chaque coin de rue, ces fan­tasques per­son­nages habitent encore et toujours Bruxelles. Ils attirent des touristes du monde entier.

GASTON LAGAFFE
Créateur : André Franquin
Éditeur : Dupuis
Première appa­ri­tion en 1957
Nombre d’albums : 21
© Dupuis

La formule pour plaire de 7 à 77 ans

Depuis la première BD sortie en 1929 Tintin au pays des Soviets, les aventures du jeune reporter plaisent toujours autant. Comment expliquer ce succès intem­po­rel mondial ? Philippe Capart, spé­cia­liste bruxel­lois de la bande dessinée, l’explique par les valeurs sous-​jacentes des histoires. « Avant même Tintin, Hergé était très apprécié en Belgique avec sa première bande dessinée, Le Boy- Scout. D’abord il s’inspire des comics amé­ri­cains, avec de la couleur et des scenarii, mais surtout du scoutisme qui est très présent en Belgique. Et ainsi les valeurs candides et les bonnes mœurs de la religion chré­tienne. » La bien­veillance et le courage du jeune Tintin assurent le succès d’Hergé. Ce dernier à la tête du mouvement de la BD moderne euro­péenne inspire Franquin et Morris qui reprennent ces codes scé­na­ris­tiques : des histoires amusantes, sans prise de risques poli­tiques et socié­tales et des gags qui font rire les petits comme les grands.

LUCKY LUKE
Créateur : Morris
Éditeurs : Dupuis, Dargaud
Lucky Productions, Lucky Comics
Première appa­ri­tion en 1946
Nombre d’albums : 95
© Lucky Comics

Quand les planches suivent l’évolution de la société

Au fil du parcours BD, on quitte les farces de Spirou et rencontre des univers plus poétiques. Les couleurs sont plus douces, les traits plus fins, les dessins plus féminins. Depuis 2018, les fresques bruxel­loises sont imaginées par des des­si­na­trices, avec l’idée de mieux repré­sen­ter la femme dans le monde de la BD. Les scenarii changent aussi, ils se poli­tisent. « Quand il dessine, écrit, l’auteur raconte sa société, c’est son moyen d’expression » raconte Philippe Capart. Les des­si­na­teurs décrivent les enjeux sociaux qui leur tiennent à cœur. À Bruxelles, plusieurs écoles artis­tiques offrent des for­ma­tions en bande dessinée, qui conti­nuent d’attirer des étudiants du monde entier. Ces écoles per­mettent à la capitale de conserver son statut d’éternel berceau du neuvième art.

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