Dans une industrie textile qui génère 20% de la pollution mondiale de l’eau, l’artiste lilloise Utopia Nebula défend une autre voie : créer des couleurs qui respectent le vivant grâce aux teintures et encres végétales.
Chez Natacha, un univers éclatant de couleurs apparait sous nos yeux. Des teintes cuivrées aux touches bleutées, les créations de tissu ou de papier s’étalent. Un monde organique naît d’un art ancestral : les couleurs végétales laissant derrière elles une légère odeur aromatique. Son travail, entre teintures végétales, encres naturelles et upcycling, devient un acte de résistance écologique.

Une vocation née du textile
D’abord passionnée par le stylisme, Natacha a ensuite souhaité se spécialiser en design textile. C’est là que sa passion pour la teinture végétale est née. Une révélation : créer autrement, sans détruire. Pour contrer cette tendance des teintures chimiques qu’affectionne le secteur textile, Natacha propose une alternative radicale à base de pigments naturels : « Je veux créer de manière responsable et avoir la maîtrise sur tous mes processus », dit-elle. Dans son atelier, la création ressemble à un laboratoire : « C’est vraiment de la recherche développement. C’est artisanal, c’est de la cuisine de plantes. », explique-t-elle. Pour créer des teintures végétales, on plonge des fleurs, écorces ou feuilles dans de l’eau chaude pour en extraire leur couleur unique et naturelle : « L’alliance du tissu et de la plante va donner des teintes différentes selon la température de l’eau. » Mais rien n’est laissé au hasard : « Le tissu doit être mordancé pour fixer la couleur. »
La technique du mordançage consiste à immerger les textiles dans un bain de minéraux, comme la pierre d’alun, ou de végétaux, comme la noix de galle provenant du chêne. Cela permet de préparer le tissu à recevoir les pigments et à assurer leur tenue dans le temps. Chaque bain devient alors une surprise et un moment unique de création : « Quand on travaille avec les mains, c’est à la fois méditatif et thérapeutique. » Pour les encres végétales que Natacha utilise pour peindre, elles se fabriquent avec la même base de bain, en réduisant l’eau pour ne garder que les dépôts colorés.

Des pigments qui ne laissent pas de trace
La démarche écologique d’Utopia Nebula est un enjeu mondial puisque l’industrie textile représente presqu’un cinquième de la pollution mondiale de l’eau, principalement à cause des pigments synthétiques. L’essor des teintures chimiques s’explique par leur faible coût de production et de temps par rapport à son alternative. Elle dénonce aussi l’illusion du prix : « Un t‑shirt à 2 €, ce n’est pas normal, mais on y est habitué. » A l’inverse, la teinture végétale puise « dans une ressource renouvelable » et produit un impact écologique « vraiment minime », tant que sa production reste à petite échelle. L’artiste propose alors des vêtements, des accessoires en tissu coloré et des affiches dessinées à la main avec une encre écolo dont elle a le secret.
Elle organise également des ateliers pensés comme des espaces d’émancipation : « L’objectif, c’est vraiment la transmission et le partage. » On y apprend à faire, à expérimenter, à ralentir : « C’est une bulle concrète et conviviale. » Son ambition : revaloriser l’existant, donner une nouvelle vie aux vêtements, et « amener l’art là où on ne peut pas forcément y accéder. »