Dans le vacarme parisien, où se cache donc le silence ?

Classée parmi les villes les plus bruyantes du monde, Paris ne se tait jamais. Alors que le silence est devenu un luxe, certains cherchent pourtant le calme dans des lieux dits clas­siques, comme les biblio­thèques, ou dans les coffee shops nouvelle génération.

Paris ne sait pas se taire. Il y a les klaxons dès 7h du matin, le métro et le RER qui grondent sous nos pieds, les terrasses qui débordent sur les trottoirs. Dans les appar­te­ments, les murs sont minces, les voisins trop proches. Travailler chez soi relève parfois de l’exploit. Lire sans être dérangé, encore plus. Alors les Parisiens ont trouvé des refuges : la biblio­thèque, le grand classique, et le coffee shop, phénomène de ces dix dernières années.

La biblio­thèque, symbole du silence

« C’est très beau, c’est très grand, et on est tran­quille, car ici le reste de Paris n’existe plus. » Camille, 34 ans, vient régu­liè­re­ment à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu dans le IIe arron­dis­se­ment, tra­vailler sur sa thèse. La salle de lecture est ronde, coiffée d’une coupole ornée qui laisse entrer la lumière. Les étagères montent jusqu’au plafond, remplis de milliers de livres. Les tables sont longues, chacune éclairée par une petite lampe verte. Des dizaines de personnes tra­vaillent ou lisent, tête baissée. Le seul bruit, parfois, c’est une chaise qui frotte sur le sol.

Claude, 58 ans, est là lui aussi. Il vient éplucher de vieilles revues de presse pour retracer l’histoire des cafés parisiens du XIXe siècle. Un projet personnel qu’il mène depuis trois ans. « Je ne trouve pas ce genre de documents ailleurs. J’ai besoin de calme pour lire des vieilles pages, et je me sens bien ici. » Camille sourit. « Je me concentre mieux dans une biblio­thèque. Au bout d’une heure ici, j’ai avancé plus qu’en une journée chez moi. Peut-​être parce que tout le monde fait pareil. On se donne une sorte de per­mis­sion de tra­vailler vraiment », murmure-​t-​elle enfin.

L’ère des coffee shops, lieux de refuge

Si certains cherchent encore le silence dans les lieux habituels, de nouveaux espaces ont récemment vu le jour et inventent une autre manière de le trouver à Paris. Dans le centre-​ville de la capitale, les coffee shops se succèdent de vitrine en vitrine, sans jamais se res­sem­bler. Dès qu’on pousse la porte de l’un d’eux, l’ambiance change aussitôt. Le bruit de la ville s’efface presque com­plè­te­ment. Le silence est tel qu’il laisse place aux cliquetis des pailles dans les verres de matcha, cette boisson au thé vert japonais dont raffole la jeune génération.

Alors, pour profiter plei­ne­ment de cette atmo­sphère, il faut descendre sans faire de bruit les quelques marches menant à une salle discrète. Dans cet espace d’environ 10 m², à l’ambiance tamisée, un petit cocon aux poufs marrons disposés au sol, où l’on doit se déchaus­ser avant de s’installer. Ordinateur posé sur la petite table basse, chacun se laisse aller à son travail, à ses pensées ou à un peu de lecture, dans une bulle de calme qui est la bienvenue.

Le Suhkerycoffee, un coffee shop silen­cieux situé 18 avenue de l’Opéra à Paris. © Stessy Robert

Si le silence est maximal, certains n’hésitent pas à quand même porter des écouteurs ou un casque, comme Aurore étudiante en mana­ge­ment : « Même si le lieu est très calme, j’aime accom­pa­gner le silence à un fond sonore, ça peut paraître para­doxale, je le sais, mais on va dire que la musique je ne l’écoute même pas », dit-​elle en rigolant. Dans la capitale, trouver un lieu calme revient parfois à chercher une aiguille dans une botte de foin. Pourtant, plus de 1 500 coffee shops y fleu­rissent, offrant autant de pos­si­bi­li­tés de s’échapper, le temps d’un instant du bruit de la ville.

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