Dilemme : saint Nicolas est-​il Alsacien ou Nordiste ?

Chaque 6 décembre et jusqu’à Noël, un même per­son­nage à la barbe blanche traverse les fron­tières et s’installe dans l’imaginaire des petits comme des grands. Né en Asie Mineure avant d’être adopté par une partie de la France ce voyageur nourrit aujourd’hui une rivalité bon enfant entre régions, chacune convain­cue d’être celle qui le célèbre le mieux.

Un saint transfrontalier

Officiellement, saint Nicolas est le patron de la Lorraine, consacré par René II après sa victoire sur le duc de Bourgogne Charles le Téméraire lors de la bataille de Nancy en 1477. À Saint-​Nicolas-​de-​Port, une basilique toute entière lui est dédiée, au point que la relation entre le saint et les habitants de cette petite commune de 7000 habitants relève presque du lien identitaire.

En Alsace, le décor est presque le même. Au cœur de la culture rhénane, on s’approprie la figure du vieil évêque, notamment au marché de Noël de Strasbourg, où il apparaît régu­liè­re­ment entouré de per­son­nages plus « sombres » comme Hans Trapp et le Père Fouettard. Hans Trapp, croque-​mitaine alsacien inspiré d’un chevalier brutal du XVe siècle, défile dans les pro­ces­sions aux côtés de saint Nicolas, fouet en main, rappelant son rôle du « méchant ». Le père Fouettard, lui, surgit dans plusieurs légendes et coutumes, souvent présenté comme un boucher ayant tué des enfants, condamné par saint Nicolas à l’accompagner pour toujours et à punir les mauvais.

De son côté, le rituel, lui, reste immuable dans les familles : la veille du 6 décembre, les enfants déposent leurs chaus­sures et un verre de lait, en espérant trouver au réveil des montagnes de cadeaux et tout un tas de frian­dises, dont des manneles comme il en est coutume en Alsace. Le lendemain, saint Nicolas apparaît dans les rues, se montre dans les écoles ou sur les places de village. « Tout ce qui tourne autour de Saint-​Nicolas est important en Alsace, parce que, pendant notre enfance, c’était le point de départ de Noël et ça nous faisait pétiller les yeux », confie Marguerite, 82 ans, Alsacienne depuis toujours.

Plus au nord, Saint-​Nicolas rime avec coquille, ou cougnou dans le parler local. Brioche en forme d’enfant emmailloté, c’est une véritable star des célé­bra­tions et un moyen pour les plus âgés de retrouver des saveurs oubliées : « Qu’est-ce que c’était bon… Cette tradition se perd un peu aujourd’hui, mais dans le Nord, c’était vraiment quelque chose à part. Je devrais peut-​être réins­tal­ler cette tradition chez moi », sourit Séverine, 45 ans, ori­gi­naire de Lens.

Mais à qui appar­tient vraiment Saint-Nicolas ? 

La présence de la Saint-​Nicolas dessine un vrai croissant culturel, des Hauts-​de-​France jusqu’à l’Alsace en passant par la Lorraine, la Wallonie et une partie de l’Allemagne et des Pays-​Bas. Dans certaines familles en Belgique, le 6 décembre compte parfois davantage que Noël. En France, la rivalité reste surtout sym­bo­lique : les Lorrains sont fiers de « leur » saint Nicolas, dont les fêtes sont inscrites au patri­moine culturel imma­té­riel ; les Alsaciens mettent en avant le lien avec leurs marchés de Noël, tandis que dans le Nord, la célé­bra­tion garde une couleur populaire. À Strasbourg, certains tranchent sans détour, comme Pascal, 37 ans : « On ne touche pas à notre saint Nicolas, c’est le nôtre et puis c’est tout. »

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