Informer au cœur des conflits, un défi permanent

Depuis dix jours, la guerre au Moyen Orient s’intensifie, notamment avec des frappes menées contre l’Iran et la mort de plusieurs figures du pouvoir. Mais derrière les opé­ra­tions mili­taires, une autre bataille se joue. Celle de l’information, souvent entravée ou incer­taine. Sur le terrain, l’un des rares cor­res­pon­dants fran­co­phones encore présents à Téhéran, Siavosh Ghazi, inter­vient quo­ti­dien­ne­ment pour de nombreux médias afin de décrypter la situation.

Dans un contexte de guerre où les sources sont souvent par­tielles, quelles méthodes utilisez-​vous pour vérifier la fiabilité des infor­ma­tions avant de les trans­mettre au public ?

Siavosh Ghazi – Je vais prendre l’exemple d’Ali Larijani, homme fort du régime de Téhéran qui a été abattu. J’avais tous les éléments concer­nant la manière dont il a été repéré, mais il y avait certaines infor­ma­tions que je ne pouvais pas divulguer. Dans ce genre de cas, je les transmets à mes rédac­tions pour qu’on en discute, afin de signaler que j’ai ces éléments, ces infor­ma­tions et ces indi­ca­tions, et comment les évé­ne­ments se sont déroulés. Même si je n’entre pas dans tous les détails, ce travail d’équipe est vraiment très important.

Comment gérez-​vous les pressions poli­tiques, mili­taires ou média­tiques sus­cep­tibles d’influencer le récit d’un conflit afin de maintenir une infor­ma­tion objective ?

S.G – Je prends toujours des pré­cau­tions pour ne pas me mettre en danger ni biaiser l’information. En Iran, le pouvoir est très sensible au terme « régime », que j’évite sys­té­ma­ti­que­ment, préférant dire « le pouvoir ». Cela ne change pas le message mais protège et respecte les règles déon­to­lo­giques. De même, des expres­sions comme « Golfe Persique » doivent être utilisées avec précision, confor­mé­ment aux sen­si­bi­li­tés locales et au nom enre­gis­tré aux Nations Unies. Le nom est donc reconnu internationalement.

Face à l’essor de la pro­pa­gande et de la dés­in­for­ma­tion en période de guerre, quel rôle joue le cor­res­pon­dant pour rétablir une infor­ma­tion fiable et contextualisée ?

S.G – Le rôle des cor­res­pon­dants, et plus largement des envoyés spéciaux, est fon­da­men­tal en période de guerre mais aussi en temps normal. Lorsqu’on n’est pas sur le terrain, on perd peu à peu le contact avec la réalité locale. Être sur place permet d’avoir une vision quo­ti­dienne de ce qu’il se passe et de mieux com­prendre les évé­ne­ments. Par exemple, une décla­ra­tion peut sembler vague. Mais grâce à l’expérience et à la connais­sance du contexte politique et his­to­rique, il est possible de la replacer cor­rec­te­ment dans son contexte.

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