La Fédération Française du Sport Automobile (FFSA) traverse une crise institutionnelle sans précédent. Le sport automobile français est à l’arrêt après des accusations croisées de détournements de fonds, révocation du président et saisie de la justice par le ministère des sports.
C’est une sortie de route qui pourrait laisser de profondes séquelles dans le paysage sportif français. Depuis le début du mois de mars, la Fédération Française du Sport Automobile (FFSA), véritable gendarme et organisateur de la discipline dans l’Hexagone, est le théâtre d’une guerre intestine d’une rare violence. Loin de l’asphalte et des chronos, le bras de fer se joue désormais dans les bureaux et, très prochainement, devant les tribunaux.
Une guerre fratricide et des accusations en cascade
Le point de départ de ce grand déballage remonte à l’élection de Pierre Gosselin à la présidence fin 2024. Désireux de faire le ménage, ce dernier a publiquement dénoncé un système qu’il qualifie de « gouvernance opaque et illégale ». Dans son viseur : ses prédécesseurs, Jacques Régis et Nicolas Deschaux, accusés d’avoir géré l’institution comme leur « bien propre ». Soupçonnant des flux financiers douteux et des conflits d’intérêts, Pierre Gosselin a pris l’initiative de saisir la justice pénale.
Mais la riposte ne s’est pas fait attendre. Rapidement, une fronde s’est organisée au sein de l’Assemblée Générale. Les opposants ont accusé à leur tour le président en exercice de percevoir des indemnités illégales et de bénéficier d’avantages en nature non déclarés. Le climat, devenu irrespirable, a conduit à un véritable coup de force statutaire : lors d’une Assemblée Générale Extraordinaire le 24 mars dernier, Pierre Gosselin et l’ensemble de son comité directeur ont été purement et simplement révoqués. La fédération se retrouve aujourd’hui décapitée.
Le ministère des sports siffle la fin de la récréation
Face à l’ampleur du scandale et aux accusations croisées de détournements de fonds et d’abus de confiance, l’État a décidé d’intervenir. La ministre des sports, Marina Ferrari, a rappelé avec fermeté que la FFSA, forte de sa délégation de service public et de ses milliers de licenciés, bénéficie de financements publics.
Considérant l’exigence absolue de probité et de transparence comme une ligne rouge, la ministre a fait usage de l’article 40 du Code de procédure pénale pour saisir personnellement le procureur de la République. La machine judiciaire est désormais enclenchée pour éplucher les comptes et remonter les différents flux financiers. Un administrateur provisoire devrait rapidement être nommé pour assurer les affaires courantes et éviter la paralysie des championnats nationaux.
Daniel Elena, un coup de gueule et une candidature en réflexion
C’est dans ce climat délétère qu’une voix historique du sport automobile français s’est élevée. Daniel Elena, l’emblématique copilote de Sébastien Loeb avec qui il a décroché neuf titres de champion du monde des rallyes (WRC), a poussé un violent coup de gueule. Consterné par l’image désastreuse renvoyée par cette crise de gouvernance, il fustige des luttes d’ego très éloignées des réalités du terrain.
Mais Daniel Elena ne compte pas se contenter de jouer les observateurs indignés. L’ancien champion a fait savoir qu’il réfléchissait très sérieusement à se présenter à la présidence de la FFSA. Une candidature qui, si elle se concrétise, ferait l’effet d’une bombe dans le milieu. Pour beaucoup de licenciés et de passionnés, l’arrivée d’une figure aussi légitime et respectée pourrait être l’électrochoc nécessaire pour ramener les valeurs du sport, l’avenir des jeunes pilotes et la pérennité des rallyes au centre des priorités de la fédération.