La vidéo­sur­veillance, promesse phare des muni­ci­pales ou illusion sécuritaire ?

À l’approche des muni­ci­pales, la vidéo­sur­veillance s’impose comme un sujet clivant. Alors que certains candidats en font un pilier de leur programme sécu­ri­taire, d’autres dénoncent un dis­po­si­tif coûteux et contestent son efficacité.

À moins de deux semaines des élections muni­ci­pales, le débat sur la vidéo­sur­veillance ne cesse de croître. De Paris, où Sarah Knafo propose des lam­pa­daires équipés de caméras utilisant l’IA, à Lyon, où Jean-​Michel Aulas a dénoncé l’absence de caméras après l’agression mortelle sur Quentin, le sujet concerne toute la France. Lille ne fait pas exception. Les candidats s’opposent entre déploie­ment massif et remise en cause du dis­po­si­tif. Dans les rues du centre-​ville, les avis divergent . « Plus il y en a, plus je me sens en sécurité. Ça ne me dérange pas du tout », assure Antoine, 23 ans. Au contraire, Camille, 27 ans, nuance : « Si on en met vraiment partout, ça va devenir inquié­tant. On va se sentir sur­veillés en permanence. »

Un déploie­ment massif assumé

Candidat LR à la mairie, Louis Delemer défend un plan ambitieux. Il estime Lille sous-​dotée avec 196 caméras (0,82 pour 1 000 habitants) et propose d’en installer 804 sup­plé­men­taires pour atteindre 1 000 sur deux mandats. S’appuyant sur une étude présentée au Conseil municipal le 10 octobre 2025 par le parquet de Lille, il affirme que « dans un contexte d’insécurité qui touche tous les quartiers, un déploie­ment beaucoup plus important est
néces­saire ». Selon lui, la vidéo­pro­tec­tion facilite les inter­ven­tions et les enquêtes : « Avant, les policiers muni­ci­paux inter­ve­naient un peu à l’aveugle… Aujourd’hui, grâce aux caméras, ils peuvent mieux préparer leur inter­ven­tion et com­prendre le contexte avant d’arriver. »

Moratoire et audit indépendant

À l’inverse, la candidate de la France insoumise, Lahouaria Addouche, propose de « refonder la police muni­ci­pale », en pri­vi­lé­giant pré­ven­tion, proximité et moyens humains. « C’est trop coûteux et liber­ti­cide », dit-​elle, appelant à « un audit indé­pen­dant pour évaluer son effi­ca­cité » et à « retirer pro­gres­si­ve­ment les caméras là où elles ne servent pas ». Elle refuse par ailleurs le déve­lop­pe­ment de la sur­veillance algo­rith­mique, autre débat qui a émergé lors des JO 2024.

Une effi­ca­cité limitée ?

Le socio­logue Laurent Mucchielli, spé­cia­liste des poli­tiques de sécurité, a exploité des données offi­cielles issues de diag­nos­tics locaux. Selon son enquête, la vidéo­sur­veillance n’est « pas tota­le­ment inutile », mais son effi­ca­cité reste
limitée : « Chaque année, des affaires sont aidées par l’exploitation d’images, souvent pour iden­ti­fier des plaques d’immatriculation, mais elle ne joue un rôle que dans 1 à 4 % des affaires. » Il dénonce aussi un recours croissant à la vidéo-​verbalisation, autorisée depuis 2016, largement consacrée aux infrac­tions routières « car il faut bien ren­ta­bi­li­ser le coût exor­bi­tant de ces dis­po­si­tifs ». Enfin, il critique son poids dans le débat électoral, lié à l’impression de réponse « concrète » et qui parle à tout le monde.

À Nice, toujours plus…

Déjà dotée de plus de 5 000 caméras, ce qui fait d’elle la ville la plus sur­veillée de France, Christian Estrosi vise, pour un nouveau mandat, les 10 000 caméras.

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