L’art à leur portée : comment les jeunes redes­sinent le marché

L’idée reçue a la vie dure : l’art contem­po­rain serait une affaire de qua­dra­gé­naires fortunés, de ver­nis­sages feutrés et de chéquiers bien garnis. Pourtant, à y regarder de plus près, une nouvelle géné­ra­tion de col­lec­tion­neurs s’impose discrètement.

« J’ai fait une vente avec une jeune de mon âge aujourd’hui », se réjouit Hadrien, 22 ans, étudiant en alter­nance à l’Atelier du Réservoir. Il vient de céder une œuvre de l’artiste María Fernanda López à une cliente de sa géné­ra­tion. S’ils sont moins visibles que leurs aînés dans les allées, certains jeunes trouvent pourtant les moyens de posséder une œuvre originale.

La gravure comme premier pas

Face à toutes ces peintures magis­trales qui s’exposent à des prix ver­ti­gi­neux, les jeunes visiteurs se tournent natu­rel­le­ment vers des supports plus acces­sibles. C’est là que la gravure tire son épingle du jeu. Capucine, 23 ans, étudiante en master expo­si­tion et pro­duc­tion des œuvres d’art, est revenue sur le salon après cinq ans d’absence. Elle regarde, s’interroge, mais n’achète pas. « C’est comme une foire avec des vêtements de luxe », lâche-t-elle.

Son ami Paul, 27 ans, venu l’accompagner, découvre à peine l’univers, mais partage ce sentiment d’être aux portes d’un monde qui ne leur est pas encore tout à fait destiné. Pourtant, la réalité du marché est plus nuancée. « On peut s’offrir de la gravure parce que c’est plus abordable que de col­lec­tion­ner des peintures », précise Fabrice, exposant sur le salon.

Fabrice se réjouit, les jeunes s’intéressent de plus en plus à l’art et à la gravure. ©Stessy Robert

Ce col­lec­tion­neur et marchand spé­cia­lisé dans la gravure au burin le sait mieux que personne : une belle pièce s’acquiert pour une centaine d’euros en moyenne. « Les jeunes s’intéressent beaucoup à la gravure car c’est moins coûteux, et ils recon­naissent l’éthique du travail », ajoute-​t-​il. Cela permet de repartir avec une œuvre originale, signée, pour le prix d’un bel objet de décoration.

L’art de la mutualisation

Mais se payer une œuvre d’art, même abordable, ça se prépare parfois à plusieurs : certains jeunes appliquent les codes de l’économie col­la­bo­ra­tive. On ne col­lec­tionne plus seul, on col­lec­tionne en groupe.

C’est le constat de Bernard, le patron de l’Atelier du Réservoir : « On a des jeunes clients qui se débrouillent pour prendre une œuvre à plusieurs ». C’est un peu le même principe qu’un abon­ne­ment Netflix partagé : on divise la facture pour que l’œuvre puisse trôner, à tour de rôle, dans le salon des copains. « L’art a un prix, on en a conscience, mais c’est cool de les voir trouver des solutions », s’enthousiasme le gérant.

Un inves­tis­se­ment durable

Et pour ceux qui osent sauter le pas tout seuls, comme Gabin, l’achat d’art est un arbitrage financier réfléchi. « Mettre 300 euros dans une œuvre, c’est mettre le prix d’une belle paire de baskets », s’amuse-t-il. « Sauf que les chaus­sures s’usent alors que le tableau pourrait valoir beaucoup plus dans quelques années. »

Ce jeune graphiste de 25 ans n’est pas venu au salon par hasard : il suit depuis plusieurs mois sur Instagram un peintre émergent dont il guette la cote. Miser sur un artiste avant que son histoire soit écrite, c’est aussi ça, la nouvelle façon d’entrer dans la collection.

Comment s’offrir une œuvre sans se ruiner ?
  • L’achat groupé : partager le coût d’une œuvre à plusieurs.
  • Le paiement en plusieurs fois : certains gale­ristes le proposent désormais.
  • Les estampes et gravures : elles per­mettent d’accéder à un vrai travail artis­tique dès 40 – 50 euros.
  • Miser sur les jeunes artistes : acheter l’œuvre d’un artiste émergent, c’est parfois payer 200 euros aujourd’hui ce qui en vaudra 2000 demain.
  • Les ventes aux enchères : sur des sites comme Drouot ou Catawiki. Les fins de ventes sont souvent les meilleures opportunités.

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