À Copenhague, le vélo est une évidence. À Lille, il est encore une ambition. Entre ces deux villes s’étend un gouffre culturel et infrastructurel. Un écart que tente de combler la métropole lilloise pour, enfin, faire rayonner une ville qui, après des décennies d’immobilisme, a choisi de regarder vers le nord et de pédaler dans sa direction.
Tout touriste qui arrive à Copenhague, et notamment français, est souvent subjugué par la place majeure du vélo dans l’espace public. Dans la capitale danoise comme dans tout le pays, c’est davantage qu’un moyen de déplacement : c’est une manière de vivre. De l’hiver jusqu’à l’été, et comme certains ont pu le voir passer sur les réseaux sociaux, les Danois raffolent de leur bicyclette. Marine, étudiante française en voyage à Copenhague, confiait : « C’est vrai que le vélo est important ici. On fait limite plus attention à eux quand on traverse les voies qu’aux voitures. Ça change. »
Copenhague : une ville qui n’a jamais pédalé à vide
62% des habitants de Copenhague se rendent à l’école, au travail ou à l’université à vélo. C’est un modèle en Europe que beaucoup de villes contemplent avec une certaine jalousie. Un résultat appuyé par des décennies d’investissement de la part de la ville, avec un budget annuel d’environ 160 millions de couronnes danoises, soit 21 millions d’euros. En septembre 2025, la ville a même changé de dimension : le budget municipal a inclus, pour la première fois de son histoire, la plus grosse enveloppe budgétaire jamais dédiée à l’amélioration de ce moyen de transport avec 81 millions d’euros. Des améliorations qui vont des ponts-vélos aux parkings souterrains, en passant par les feux verts automatiques. Line Barfod, maire de l’Environnement et des Transports de Copenhague, déclarait : « On dépense 200 millions de couronnes par an pour les routes des voitures. Il était plus que temps d’investir autant pour les vélos. » La ville compte désormais cinq fois plus de vélos que de voitures, selon son propre rapport de mobilité de 2024.
Lille se révolutionne petit à petit
En août 2025, la création de la ligne 4 du Réseau Express Vélo a permis à Lille de souffler. Avec ses 7 km reliant Lille à Villeneuve-d’Ascq franchis en 25 minutes à travers le campus universitaire, le vélo a pris une place majeure dans un espace où, autrefois, les voitures gênaient considérablement la circulation. À terme, la Métropole Européenne de Lille prévoit 230 km de pistes protégées, organisées en 12 lignes et 3 rocades. Et le bilan est en leur faveur : depuis 2021, la MEL a investi plus de 100 millions d’euros, pour une progression de +18,51 points au baromètre des villes cyclables 2025 de la Fédération des Usagers de la Bicyclette.
En 2025, l’accueil du Tour de France pour le Grand Départ a également été aussi un marqueur fort du développement du vélo à Lille. Dans la lignée directe de Copenhague, qui avait organisé le départ trois ans plus tôt, Lille a passé un message fort : celui que même dans le Nord de la France, on peut penser vélo ! Depuis cet évènement, le V’Lille, le moyen proposé par la ville pour prendre le vélo, a vu ses abonnements bondir de 22% en un an, en 2025. Signe que Lille passe doucement au vert.
Des difficultés encore présentes
La sécurité est encore une immense épine dans le pied de la Métropole lilloise. En février dernier, un homme de 41 ans comparaissait encore devant le tribunal de Lille pour avoir tué un cycliste à la sortie de l’A25. Il avait reconnu rouler trop vite. Un fait divers parmi d’autres qui dit mieux que n’importe quelle statistique ce que signifie pédaler à Lille en dehors des zones aménagées.
Autre difficulté, celle des chiffres cette fois. 2,5% : c’est la part des actifs des Hauts-de-France qui vont travailler à vélo, selon l’INSEE dans un rapport fin 2025. Moins que la moyenne nationale, déjà famélique. La MEL vise 8% d’ici 2035, un objectif crédible, à condition de ne pas lever le pied mais même atteint, il resterait à des années-lumière de ce que peut proposer Copenhague. La route est encore longue…