Depuis 2019, le 10 mars est consacré à la journée nationale de la mine et des mineurs. Date qui correspond également au triste anniversaire de la catastrophe de Courrières, la plus meurtrière d’Europe. Mais depuis quelques années, les traces de ce passé douloureux sont réinventées par les communes du Bassin minier. Une manière d’honorer la mémoire des Gueules Noires tout en amorçant une reconversion unique.
Randonnée, ski, lac et même vignoble : les collines de l’Artois renaissent de leurs cendres et offrent aux touristes une expérience sportive et culturelle. Un moyen pour les populations de se réapproprier une histoire douloureuse et de redorer l’image de leur territoire.
« Cela fait partie du paysage du Nord-Pas-de-Calais et les habitants sont très fiers de la réhabilitation de ces terrils », affirme Doriane, une randonneuse habituée de ces monts de résidus miniers.
Autrefois, un lieu de labeur…
Inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco, ces accumulations de roches et de résidus, issus du triage du charbon, traduisent une histoire minière, sociale et industrielle. Apparus en 1850, ils sont la face visible des mines où les mineurs, aux visages noircis par le charbon, et les animaux étaient condamnés à une vie d’ombre et de souterrains : une vie sous terre.

Pourtant, les sommets des terrils servent aujourd’hui à rappeler les enjeux sociaux qui
entourent le paysage minier et son histoire. À travers les circuits désormais formés, la
mémoire perdure et tout le poids social qu’elle entraîne avec elle.
« Cela permet de garder la mémoire des mineurs et des animaux qui ont dû travailler dans les mines ».
Devenus des lieux sportifs et culturels
Anciens visages de l’exploitation minière, les terrils servent désormais à divertir. Quelques terrils, tels que les jumeaux d’Haillicourt, ont été reconvertis en terrains de randonnée. « Une très bonne chose » selon Doriane car cela a permis de transformer le site « en lieu touristique ». Une action bénéfique dans une région longtemps marquée par la pauvreté, directement liée à son empreinte industrielle. En 2015, le taux de pauvreté du bassin minier avait atteint 22 %, soit 4 points de plus qu’en région selon une étude réalisée par l’Insee.

Une autre reconversion, unique en Europe, concerne deux terrils situés à Noeux-les-Mines. En haut, une piste de ski, au pied de la piste, un lac de ski nautique et entre les deux, un skate park.
« Autrefois un lieu de labeur, les terrils sont aujourd’hui devenus des lieux à la fois sportifs et de loisirs. Aussi bien les familles que les sportifs peuvent s’y promener et c’est un lieu d’entraînement pour pas mal de courses. »
Une portée écologique

Depuis les années 1990, lorsque des naturalistes, géologues et le CPIE Chaîne des terrils ont mis en lumière l’intérêt écologique et historique de ces sites façonnés par l’Homme, les terrils ont profondément changé de regard. Ils sont aujourd’hui devenus de véritables écosystèmes, offrant refuge à une faune et une flore sauvages. Leur chaleur et leur composition particulière favorisent le développement d’espèces parfois rares ou inattendues dans la région.
Le terril de Pinchonvalles, à Avion, recense ainsi plus de deux cents espèces végétales et abrite de nombreux oiseaux ainsi que des batraciens. À Haillicourt, un terril viticole permet même la production d’un Chardonnay biologique, symbole d’une reconversion tournée vers l’environnement. Une dimension encore méconnue, mais que Doriane a bien comprise : « C’est un lieu étroitement lié à l’environnement et à l’écologie, où une faune et une flore se sont développées. »
Elle souligne également que « malgré leur apparence sombre, les terrils ont été réhabilités de manière à devenir des lieux agréables et attractifs ».