Après un cancer du sein, la reconstruction mammaire est un parcours complexe. À Lille, la start-up Lattice Medical, née d’une collaboration avec le CHU, développe Mattisse, une bioprothèse imprimée en 3D et résorbable. Une avancée majeure pour reconstruire le sein de manière plus naturelle.
Pour de nombreuses femmes ayant vaincu un cancer, la reconstruction du sein s’apparente souvent à un nouveau parcours du combattant, tiraillé entre des interventions chirurgicales lourdes et l’implantation de corps étrangers. C’est pour transformer cette étape cruciale que la start-up lilloise Lattice Medical, fruit d’une collaboration de longue date avec le CHU, a mis au point MATTISSE. Cette bioprothèse mammaire innovante, entièrement imprimée en 3D et biorésorbable, promet d’offrir une alternative moins invasive pour permettre au corps de régénérer ses propres tissus de manière naturelle.
Les limites de la reconstruction mammaire actuelle
Aujourd’hui, face aux séquelles d’une mastectomie, les femmes disposent de deux options principales. La première est l’implant en silicone. « L’avantage du silicone, c’est que la technique est rapide » concède le lillois Julien Payen, président et co-fondateur de Lattice Medical à Lille. Mais « le problème, c’est que cela reste un corps étranger sur le long terme. Les implants actuels ne sont pas définitifs et peuvent nécessiter un remplacement au cours de la vie. »
La seconde option, la reconstruction autologue (avec les propres tissus de la patiente), offre un résultat définitif mais nécessite « des techniques chirurgicales qui sont plus difficiles, ce sont des interventions longues, pouvant durer plusieurs heures ». Conséquence de ce parcours du combattant : « Aujourd’hui, c’est environ 30 % des femmes qui ont eu une mastectomie qui font une reconstruction. Il y a donc deux tiers des femmes qui ne le font pas », regrette l’ingénieur.
Une prothèse qui disparaît au profit du tissu naturel
Pour répondre à cette problématique, Julien Payen, des docteurs en biomatériaux, et des médecins du CHU de Lille (les professeurs Marchetti, Danzé et Guerreschi) se réunissent. Ensemble, ils cherchent un matériau permettant aux tissus de proliférer avant de disparaître. « On a essayé plein de matériaux différents comme le textile, avec de la dentelle de Calais et on a obtenu un résultat surprenant ! », s’amuse Julien Payen. Finalement, l’équipe se tourne vers l’impression 3D et des polymères résorbables. Le fruit de ces six années de recherche, aujourd’hui protégé par 12 brevets, s’appelle MATTISSE.

Concrètement, l’implant, placé sous la peau, se compose d’une base poreuse où le chirurgien vient fixer un petit lambeau de tissu graisseux prélevé sur la patiente. Le dôme imprimé en 3D va alors servir de tuteur. Au fil des mois, le tissu prolifère pour combler l’espace tandis que la prothèse se résorbe. L’objectif final est clair : « Que la patiente retrouve un volume dans son sein avec ses propres tissus. Et il n’y a plus d’implant », souligne l’entrepreneur. Afin de s’adapter à chaque morphologie, l’impression 3D permet pour l’instant à l’entreprise de proposer 21 tailles différentes. Toute la production est réalisée en circuit court : « On a notre propre outil de fabrication ici sur Lille, on fabrique le biomatériau, on a les imprimantes 3D […], tout ça se fait dans une salle blanche », détaille Julien Payen.
Des essais cliniques en cours
Après des essais précliniques concluants, l’entreprise a obtenu en 2023 le feu vert de l’Agence Nationale de Sécurité « Un premier essai clinique est en cours. La première phase d’inclusion des 10 premières patientes est terminée, et une seconde devrait reprendre. Ce dispositif est actuellement en essai clinique et n’est pas encore disponible sur le marché. » Quand pourra-t-on voir MATTISSE sur le marché ? « J’espère d’ici 3 ans », confie Julien Payen tout en rappelant les exigences de la médecine : « C’est un parcours qui est très, très long et il faut des précautions. »