« Quand je vais retourner à Québec, on me prendra pour une méchante ». Le paradoxe de l’intégration à la vie parisienne

Une langue commune, un héritage partagé : sur le papier, tout semble rap­pro­cher le Québec et Paris. Pourtant, malgré cette proximité évidente, certains dif­fé­rences de mode de vies com­pliquent l’in­té­gra­tion des Québécois à Paris. 

« Au départ, je me suis dit que Paris c’était comme le Québec. » Marie-​Flore, qué­bé­coise reven­di­quée, étudie à l’université de Sherbrooke (Québec). La jeune femme est actuel­le­ment en échange uni­ver­si­taire à la Maison du Canada. Installée depuis plusieurs mois, elle se remémore avec un grand sourire ses premiers souvenirs dans la ville Lumière. « Cela très bien passé. J’ai eu la chance d’avoir une amie pari­sienne qui m’a accueillie ici. Elle m’a montré tous les clas­siques parisiens qu’on peut imaginer : les musées, les res­tau­rants, les moyens de transport, qui sont vraiment bien ici. » Pourtant, nouer des relations sérieuses n’est pas une mince affaire. « J’étais dans une bou­lan­ge­rie, il y avait une file, et je me suis un peu avancée devant le gars qui attendait avant moi. Il m’a tout de suite dit : J’étais là en premier. »

Sur les 150 étudiants de la Maison du Canada, 60% viennent du Québec (©Thibault Serre)

Le choc culturel limite l’intégration 

Outre les disputes, les crises éco­no­miques fra­gi­lisent l’installation de nos « cousins » dans la région. Bertrand est le gérant de « l’Envol québécois ». Ce bastion, décoré aux drapeaux blancs et bleus, est le seul éta­blis­se­ment qui fait la promotion de la « belle province » dans la capitale. Bière au sirop d’érable, maillots de hockey en tableau ou encore une carte du Québec dans le décor, l’ambiance nord-​américaine séduit davantage les Franciliens que les « caribous ». Pour ce passionné de Françoise Hardy, l’explication est simple. « Il y a eu à l’époque une grosse com­mu­nauté qui tra­vaillait dans l’informatique. Avec la crise de 2008, le travail ici est devenu rare et tout le monde est reparti. » Mais cela ne justifie pas tout. Face aux chocs culturels, certains peinent à s’acclimater. « Le Québec, c’est l’Amérique du Nord. La mentalité est nord-​américaine, ça n’a rien à voir. À Paris, c’est très codifié. On ne part pas avant le patron », résume le barman. 

À Paris, on aime juger les accents. 

Cette vision est partagée par Véronique. Cette Canadienne connait bien la vie pari­sienne. Installée dans un appar­te­ment dans le VIIe arron­dis­se­ment, elle remarque qu’il est difficile de se lier d’amitié avec les Parisiens. « Pendant mon échange à la Sorbonne, je ne me suis fait aucun ami en cours. Ils n’étaient pas ouverts. Il n’y a rien qui les motive à avoir un ami québécois ». La langue française reste un avantage. Le temps d’adaptation est
court et leur permet de s’assimiler aux exigences locales. Pourtant, l’accent si recon­nais­sable des habitants d’Amérique du Nord fait parfois l’objet de mépris. « À un moment donné, je parlais français avec quelqu’un et, vu que j’avais mon accent, il s’est mis à me répondre en anglais. J’étais déçu car on a la même langue. »

Revenue à Paris, Véronique travaille pour la Maison du Canada. (©Thibault Serre)

Finalement, les Québécois finissent par s’acclimater à la culture pari­sienne mais toujours au prix d’un peu d’eux-mêmes.

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