Souvenirs en béton : le mur de Berlin à vendre en pièces détachées

C’est un commerce peu commun : la vente de morceaux de murs de Berlin. C’est à l’occasion d’une visite à Bruxelles que j’ai découvert cela. Et si on décou­vrait ensemble qui est à l’origine de la vente de ces pans d’Histoire ?

À Bruxelles, j’ai eu l’occasion de visiter la Maison de l’histoire euro­péenne, un musée qui retrace les évè­ne­ments marquants qui ont jalonné l’histoire de l’Europe (*). Après ma visite, j’ai bien sûr été dans la boutique, et quelle ne fût pas ma surprise en voyant que le musée vendait des morceaux du mur de Berlin. Et pas tous de la même taille, attention : il y en a pour tous les goûts ! On a les morceaux en sachet, vendus à 6€ l’unité, mais également des morceaux sous verre. Parmi ceux-​là, on a les plus grands à 20€, les moyens (taille L) à 16€, les petits (S) à 12€, et les touts petits (XS) à 10€. Personnellement, j’ai succombé à la tentation en achetant un de ces morceaux : j’en ai pris un de taille S, dont la couleur jaune m’a attiré, afin de garder un morceau d’Histoire avec moi.

Puis, en revenant du musée, je me suis posée la question : mais qui est à l’origine de ce business ? Eh bien la réponse est simple : c’est un Allemand du nom de Volker Pawlowski qui a eu cette idée. Lors de la chute du mur de Berlin en novembre 1984, il était ouvrier du bâtiment. C’est en voyant les pel­le­teuses s’occuper des débris du mur démoli qu’il a décidé de créer son commerce. « À l’époque, le mur était en train d’être détruit, et personne ne s’est intéressé de savoir ce qu’il en advenait » a‑t-​il confié au magazine allemand Der Spiegel.

Volker se rendait donc dans des décharges, et à force de dis­cus­sions avec les ouvriers, ceux-​ci ont fini par accepter de lui donner des morceaux du mur. Très vite, grâce aux gains engrangés par les ventes, Volker a quitté son travail et a continué son commerce. Encore aujourd’hui, il détient le quasi-​monopole de la vente du mur de Berlin. Avec chaque morceau, il donne un cer­ti­fi­cat d’authenticité fait par ses soins (et qui n’a pas de valeur en soi). Son business n’est pas prêt de s’arrêter : 155 km de mur de 3,60m de haut et 1,20m de large entou­raient une partie de Berlin, donc autant dire que les touristes peuvent largement se permettre d’acheter leur bout de mur.

Vendre le mur de Berlin : dérangeant ?

Si pour certains la vente du mur est l’occasion d’emporter un joli souvenir, pour d’autres c’est un problème éthique. C’est le cas de Steven : « Perso, je trouve ça pro­blé­ma­tique, parce que ce mur a fait souffrir beaucoup de personnes, donc en faire un commerce c’est bizarre ». 

Ce n’est pas ce que pense Lisa, qui venait d’acheter son morceau de mur lors de l’interview : « Perso, je suis bien contente d’avoir mon morceau de mur, ça va me permettre de me souvenir de cette histoire qui a marqué l’Allemagne ».

(*) : Vous pouvez retrouver cet article dans le dernier numéro de Contrepoint.

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