Art contem­po­rain : La bataille du juste prix

L’art contem­po­rain peut-​il devenir acces­sible ? Du 12 au 15 mars, « Lille Art Up ! » a investi le Grand Palais, attirant près de 25 000 spec­ta­teurs. Pourtant, pour de nombreux clients, les prix restent un frein majeur qui empêche de passer de la simple visite à l’achat.

« C’est frustrant de rêver devant une œuvre et de ne pas pouvoir l’acheter ». Laurence Philippon est une pas­sion­née de la première heure. Collectionneuse depuis ses 18 ans, elle dirige le « Hangar des Arts », une galerie dans le Val d’Oise. Exposante au « Lille Art Up ! », elle regrette la gen­tri­fi­ca­tion du milieu et défend un art
acces­sible à tous : « Je n’ai pas de sculp­tures au-​dessus de 5 000 euros sur mon stand. On a mis un prix par mannequin qui sera de 1 000 euros. Elles ne sont pas forcément là pour être vendues. Ce qui est à vendre
c’est plutôt les photos qui sont tirées de ces œuvres là. » 

L’événement accueille près de 400 créateurs dont 25% d’entre eux viennent de l’étranger. Avec ses couleurs vives et ses styles originaux, cette balade a séduit les touristes : « C’est comme un musée à ciel ouvert », résume Clara, une touriste belge venue pour l’occasion. Pourtant, si les 18 000 m² du Grand Palais de Lille impres­sionnent, les prix, eux, donnent le tournis. 5 000 euros par-​ci, 15 000 par-​là : certains visiteurs comparent ces pro­duc­tions
avec l’achat d’une « Golf GTI d’occasion. » Une situation que déplore Anne. Dentiste de pro­fes­sion, la quin­qua­gé­naire dénonce des tarifs qui restent très élitistes : « Ici, c’est plutôt assez cher. Les galeries prennent
une com­mis­sion impor­tante, entre 40 % et 50 %. On peut le com­prendre mais ça fait monter les prix. Mais les bonnes affaires existent. J’ai déjà acheté une statue réalisée avec des clous pour environ 200 euros. C’était vrai ment une bonne affaire. »

Anne et son mari déplorent la hausse des prix. (©T.SERRE)

L’avenir des artistes en ligne de mire

La statue est née des mains de Fabrice Magnée. Sculpteur belge, il a appris en auto­di­dacte à sculpter le métal.
Avec ses outils, il trans­forme des clous anciens en forme humaine réaliste. Ces construc­tions coûtent à peine
200 euros, un prix abordable qu’il défend : « Accessible ? Je ne sais pas mais j’essaie de l’être. Je veux que tous ceux qui veulent puissent acheter mes œuvres. »

Fabrice Magnée trans­forme des clous en œuvre d’art (©T.SERRE)

Mais alors comment se vendre sans se dénaturer ? Cette question traverse l’esprit de Sebastien Kulbaka.
Pour cet artiste, peindre est avant tout un combat. « Faire de l’art, c’est toujours une lutte pour trouver la façon de produire et d’être libre. Je sens que je suis un artiste si je peux trans­for­mer ma pratique en un travail. » Originaire de Pologne, il s’est exilé à Gand pour des raisons éco­no­miques. Depuis, le gou­ver­ne­ment belge lui octroie un
salaire, sous certaines condi­tions. « Vous devez montrer que vous êtes déjà un artiste, depuis cinq ans et que vous faites quelque chose pour la com­mu­nauté pour obtenir un revenu basique. Si vous n’avez pas de structure qui vous aide, c’est difficile, » explique-t-il.

Exposé pour la première fois à Lille, il crée des monstres ima­gi­naires en cire d’abeille et tissus brodés. Malgré la hausse des prix, il reconnaît qu’ils sont néces­saires : « Quand vous devenez adulte, vous avez aussi des enfants, une femme à nourrir. Une foire de l’art, ce n’est pas le plus important, mais ça vous donne de l’argent. »

Sebastien Kulbaka fait découvrir ses travaux aux visiteurs du salon. (© T.SERRE)

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