Cyrille Amoursky : raconter la guerre à hauteur d’Hommes

Ancien étudiant de l’ESPOL devenu reporter de guerre, Cyrille Amoursky est revenu sur les bancs de l’université ce jeudi 26 mars. Entre deux zones de front, il pré­sen­tait son ouvrage Ukraïna, un peuple en guerre.

« Si on était le 26 mars 2022, la salle aurait été pleine ». Trois ans après le début de l’invasion russe, la guerre en Ukraine semble s’être éloignée des pré­oc­cu­pa­tions. Lui, au contraire, continue de s’en approcher. Ancien étudiant de l’ESPOL, aujourd’hui reporter de guerre, Cyrille Amoursky venait présenter son ouvrage Ukraïna. Un peuple en guerre le 26 mars dernier. Un ouvrage à hauteur d’hommes, où le reporter n’a raconté que ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu : « J’ai fait le plan du livre en regardant ma galerie de photos ». 

Une guerre de famille

Né à Moscou d’un père français, élevé en Ukraine pendant onze ans, Cyrille Amoursky incarne à lui seul la fracture du conflit. « Je ne parle plus à mon grand-​père [Russe] depuis 2022 », confie-​t-​il. « On vit dans deux mondes com­plè­te­ment paral­lèles. » Alors, lorsque l’invasion à grande échelle a commencé, la question de comment aider s’est posée. « Qu’est-​ce que je peux faire pour être utile ? Soit militaire, soit autre chose. Puis mon profil m’a invité à suivre la voie jour­na­lis­tique, car qui parle les 3 langues (russe, ukrainien, français) et connaît Kiev comme ma poche ? » 

« Je ne suis pas là pour prêcher des convaincus. »

Depuis, Cyrille enchaîne les repor­tages pour BFMTV, LCI, Quotidien, Le Parisien, Franc-​Tireur… Mais une pré­oc­cu­pa­tion demeure : « Je ne suis pas là pour prêcher des convain­cus. » Pour Amoursky, l’enjeu est désormais de toucher ceux qui détournent le regard. Son nouveau cheval de bataille : les réseaux sociaux. Pour lui, le jour­na­lisme doit sortir des médias tra­di­tion­nels afin de s’adresser aux gens qui ont détourné les yeux de ce conflit, ou ceux réceptifs au narratif du Kremlin. Mais face à cette volonté, une critique revient souvent. « On me dit que je suis émo­tion­nel­le­ment attaché à l’Ukraine », reconnaît-​il. « Mais lorsque je pars en reportage, je m’en tiens aux faits. C’est ça, le jour­na­lisme. » Une ligne de crête, entre impli­ca­tion per­son­nelle et rigueur pro­fes­sion­nelle. Sur ce point, son travail de terrain fait figure d’argument. « On me dit souvent : je ne suis pas d’accord avec toi, mais toi au moins tu vas sur le terrain. » À l’heure des débats à distance, des experts en plateau, cette légitimité-​là pèse. 

Un conflit qui s’enlise

Au fil de la confé­rence, le reporter rappelle une vérité impla­cable : pour les Ukrainiens, la fameuse « rési­lience » n’est pas un trait de bravoure nationale. La neu­tra­lité, c’est un luxe qu’ils ne possèdent pas. « S’ils baissent les armes, ils dis­pa­raissent. » Alors que la guerre s’enlise et que les pers­pec­tives de paix semblent loin­taines — « Le temps que les deux pré­si­dents ne se ren­contrent pas, la guerre ne finira pas » — Cyrille Amoursky continue de porter la voix de son peuple : Un peuple en guerre.

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