Acte II des Gilets Jaunes : comment la ville de Lille compte-​t-​elle s’organiser ? 

« Ça durera jusqu’aux pré­si­den­tielles de toute manière » s’exclamait Sarah, une graphiste indé­pen­dante de 28 ans, dans le cortège de la mani­fes­ta­tion du 17 octobre. Alors que la colère des lycéens persiste et que les mani­fes­tants n’ont pas dit leur dernier mot, une mani­fes­ta­tion est prévue ce samedi 24 octobre. Mais les rues lilloises connaîtront-​elles le même chaos que la semaine dernière ? 

De nombreux syndicats et orga­ni­sa­tions étu­diantes appellent à se ras­sem­bler dans les rues de Lille ce samedi pour protester contre la vie chère. La ville de Lille et les forces de l’ordre n’avaient pas anticipé une telle mobi­li­sa­tion le week-​end dernier, ce qui a entraîné un véritable choc samedi soir, lorsque des commerces ont été cassés et pillés. Environ 24 000 personnes défi­laient dans les rues la semaine dernière alors que la pré­fec­ture avait anticipé entre 6 000 et 8 000 mani­fes­tants. Cette semaine, les esti­ma­tions sont encore inexactes en raison des vacances scolaires. 

Pour ce qui est du nombre de policiers mobilisés, il y en avait environ 200. Contrepoint est allé à la rencontre des policiers nationaux pour en savoir un peu plus. 

« Même Laurent Nuñez ne pourrait pas répondre à vos questions aujourd’hui. » 

C’est ce que les agents de la police nationale rétorquent, dépassés, lorsqu’on leur demande combien ils seront dans le dis­po­si­tif de maintien de l’ordre ce week-​end. Il faut dire que depuis les émeutes urbaines, la police est à tous les coins de rue à Lille. Pourtant, elle non plus n’a pas plus d’in­for­ma­tions quant à l’or­ga­ni­sa­tion de ce samedi 24 octobre. Les policiers sont laissés sans direc­tives, sans tactique sécu­ri­taire pour mieux appré­hen­der les risques de la mani­fes­ta­tion à venir. Quelques heures après cet échange, le ministère de l’Intérieur annonce « un niveau de mobi­li­sa­tion (des forces de l’ordre) de 20% supérieur par rapport au 17 octobre » après avoir annoncé deux jours avant que les soldats de Sentinelle seront également « en sub­sti­tu­tion des forces de sécurité inté­rieure prin­ci­pa­le­ment sur des missions de sécu­ri­sa­tion statique ». 

La pré­fec­ture de Lille a également déclaré jeudi 22 octobre que les mani­fes­ta­tions ne pouvaient pas se tenir dans le centre-​ville de Lille. À l’heure actuelle, nous ne savons pas si cette inter­dic­tion durera jusqu’à la fin du week-end.

Installation de bar­ri­cades en bois devant les vitrines de la boutique Aesop dans le Vieux-​Lille © Léa-​Linh PARRÉ

Mais quand la ville est attaquée, ce ne sont pas uni­que­ment les forces de l’ordre et la pré­fec­ture qui s’organisent : ce sont aussi les habitants et les com­mer­çants. C’était le cas à l’angle d’une rue du Vieux-​Lille, devant la boutique de produits de beauté Aesop, où deux artisans métal­liers ins­tallent des bar­ri­cades en bois pour prévenir d’éventuelles casses. Tous deux expliquent avoir été appelés par les gérants du magasin, après les pillages de la semaine dernière. Pendant qu’ils ins­tal­laient les pro­tec­tions, ils se sont fait inter­pel­ler par d’autres com­mer­çants, qui leur ont demandé leur service également. 

La question de l’acte II reste floue dans l’esprit des Lillois comme des forces de l’ordre, avec un manque de com­mu­ni­ca­tion et d’or­ga­ni­sa­tion, malgré un risque élevé de récidive violente.

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