La fronde étudiante ne s’arrête pas aux fron­tières : de Lille à Rome, même combat

Des étu­diantes mani­festent lors des blocus de l’Université de Lille. Lille, 19 octobre 2026, © Margaux Lechat.

À Lille comme en Italie, les étudiants dénoncent la dégra­da­tion des services publics, la hausse du coût de la vie et la répres­sion depuis fin septembre. À travers une enquête menée à Lille et le témoi­gnage d’une étudiante italienne, se dessine un même sentiment d’impasse face à des gou­ver­ne­ments accusés de rester sourds à leurs revendications.

Une précarité sys­té­mique : de la classe à l’hôpital

À Lille, la précarité étudiante se manifeste jusque dans les condi­tions maté­rielles d’étude. Matthieu, étudiant et ancien lycéen au lycée Jeanne‑d’Albret de Saint-​Germain-​en-​Laye, dénonce la vétusté des locaux : 

« Certaines salles n’avaient pas de plafond et étaient très humides. » (…) « C’est tellement pire partout en France, que ce soit en région pari­sienne ou ici, comme au lycée Faidherbe, par exemple. »

Ce constat dépasse les fron­tières. Depuis le début du mois d’octobre 2026, plusieurs lycées sont occupés par des élèves qui dénoncent la vétusté des locaux, le manque de moyens et les carences en personnel ensei­gnant. Les pro­tes­ta­tions visent également les choix bud­gé­taires du gou­ver­ne­ment, notamment la place accordée aux dépenses mili­taires au regard des besoins de l’éducation.

À Rome, Cassandra, étudiante à l’université La Sapienza, témoigne des dif­fi­cul­tés aux­quelles les jeunes sont confron­tés. Le coût des études pèse lour­de­ment sur leur budget : les manuels scolaires peuvent repré­sen­ter une dépense annuelle de 150 à 300 euros. À cela s’ajoutent des frais d’inscription qu’elle juge « exor­bi­tants », compris, selon elle, entre 900 et 4 000 euros dans les uni­ver­si­tés publiques. 

De plus, les dif­fi­cul­tés ne se limitent pas à l’éducation. Cassandra dénonce également les dys­fonc­tion­ne­ments du système de santé italien, évoquant notamment le manque de gazole pour les ambu­lances. À l’hôpital, les délais d’attente peuvent devenir par­ti­cu­liè­re­ment longs, Cassandra nous a évoqué : « Mon frère s’est blessé à la joue et a attendu sept heures pour sept points de suture. »

D’un pays à l’autre, les situa­tions ne sont pas iden­tiques. Mais les témoi­gnages font appa­raître une inquié­tude commune : celle de jeunes qui voient se dégrader les services dont ils dépendent, tout en ayant le sentiment que leurs dif­fi­cul­tés restent insuf­fi­sam­ment prises en compte.

Propagande et fracture générationnelle

Au-​delà des dif­fi­cul­tés maté­rielles, Cassandra dénonce le décalage entre les discours poli­tiques et la réalité des jeunes en Italie : « Il y a beaucoup de pro­pa­gande. » L’avenir pro­fes­sion­nel l’inquiète également : « Travailler toute sa vie pour finir à 70 ans, ce n’est pas possible. » Elle estime que les res­pon­sables poli­tiques restent éloignés des pré­oc­cu­pa­tions quotidiennes.

En France, Parcoursup cris­tal­lise une partie de la colère lycéenne, notamment en raison du stress lié à la sélection. Sa sup­pres­sion figure parmi les reven­di­ca­tions du mouvement, malgré l’annonce gou­ver­ne­men­tale de son rem­pla­ce­ment à l’horizon 2028. À Lille, Maëlys juge que le discours d’Emmanuel Macron, le 18 octobre, « n’a eu aucune incidence sur nos reven­di­ca­tions ». Elle prévient : « Nous conti­nue­rons à mani­fes­ter ». Pour Victor et Mathilde, étudiants à l’Université de Lille, « les jeunes se battent pour leurs droits et il faut les écouter ».

Répression : Lille et Milan, même combat ?

En France comme en Italie, les violences lors des mani­fes­ta­tions ont poussé les gou­ver­ne­ments à durcir leur réponse. En Italie, Giorgia Meloni a annoncé de nouvelles sanctions, dont des amendes pouvant atteindre 20 000 euros pour certaines dégra­da­tions, ainsi que le déploie­ment de 500 mili­taires sup­plé­men­taires à Milan. Cassandra, jeune étudiante Italienne, dénonce cette situation : 

« Si on proteste paci­fi­que­ment, rien ne change ; si on hausse le ton, on est criminalisés. »

À Lille, les res­tric­tions visant les mani­fes­ta­tions et les couvre-​feux imposés aux mineurs ali­mentent également les inquié­tudes. Le Sénat a adopté le 28 octobre le projet de loi « casseurs-​payeurs », ren­for­çant la res­pon­sa­bi­lité finan­cière des personnes impli­quées dans des dégra­da­tions. Ces mesures relancent le débat sur les libertés publiques.

À Lille comme à Rome, les jeunes ont le sentiment que leurs reven­di­ca­tions peinent à être entendues. Ces mobi­li­sa­tions dessinent-​elles les contours d’un nouveau « printemps des peuples » ?

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